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mardi 27 août 2024

Pistis Sophia - introduction

La Pistis Sophia est un traité gnostique, écrit en grec vers 330 par un Grec d'Égypte, conservé dans sa version copte écrite vers 350.

Découverte et diffusion

La Pistis Sophia (la « Foi et Sagesse » ou « Foi de la Sagesse ») est un compte rendu allégorique de la conception du monde des gnostiques, que C. G. Woide, en 1778, attribua à tort (en référence à un texte de Tertullien) à Valentin lui-même.

Le titre a été inventé par Woide, à partir du nom d'une entité omniprésente dans l'ouvrage. Le titre original est n-teukhos mp-sôtêr, "les rouleaux [livres] du Sauveur".

Le manuscrit de 348 pages, de format in-4°, écrit sur deux colonnes et copié au VIIe ou VIIIe siècle était dans la collection du docteur Anthony Askew. Acheté dans les années 1760, le manuscrit demeura dans l'ombre au British Museum pendant presque un siècle. L'orientaliste français Édouard Dulaurier en fit une copie au cours d'une mission scientifique en Angleterre en 1838. Il fit part de ses observations dans un rapport adressé au ministre de l'Instruction publique en date du 27 septembre 1838. En 1851, le manuscrit fut traduit en latin et en grec.

Une traduction française fut publiée dans le premier volume du Dictionnaire des Apocryphes (tome 23 de l'Encyclopédie théologique) de Migne, en 1856.

En 1896, les lecteurs britanniques eurent accès à une traduction de G. R. S. Mead, auteur prolifique qui devint le grand vulgarisateur contemporain des hérésies oubliées. Les publications de Mead comprennent les onze volumes Échos de la Gnose (1906-1908), une édition exhaustive de tous les écrits gnostiques alors connus, tandis que The Gnostic John the Baptiser (« Jean-Baptiste le gnostique »), était la traduction des psaumes de la secte mandéenne. Mead faisait consciemment connaître ces textes comme des évangiles cachés : il décrivait la Pistis Sophia comme un évangile gnostique, et le texte fut couramment reconnu comme « une sorte d’évangile issu de quelque secte gnostique des origines ».

Particularités

La Pistis Sophia fut le commencement de la redécouverte moderne des évangiles gnostiques. Du fait de son élaboration si précise, l’œuvre présente une introduction complète au gnosticisme, y compris bien des aspects qui ont constitué les plus grands pôles d'intérêts dans les textes de Nag Hammadi.

La Pistis Sophia prétend faire un compte rendu des échanges que Jésus eut avec ses disciples durant les douze années qui suivirent la Résurrection.

Les disciples et les saintes femmes paraissent tour à tour en scène, et posent des questions à Jésus qui y répond selon les données gnostiques. Ces questions touchent à la cosmogonie, la théorie des émanations, la nature et la hiérarchie des esprits, l'origine du mal.

Les réponses diffèrent radicalement de celles des textes canoniques, que ce soit par la description des puissances spirituelles qui dirigent l'univers, la croyance à la réincarnation, ou l'utilisation fréquente de formules magiques et d'invocations. De nombreuses sections y traitent des étapes au cours desquelles Jésus libère la figure surnaturelle (et féminine) de Sophia, la Sagesse céleste, de ses liens avec l'erreur et le monde matériel ; elle est progressivement réintégrée au ciel dans son statut divin d'antan.

Les événements décrits se déroulent sur un plan symbolique, mythique et psychologique, ce qui est typique des textes gnostiques, en nette opposition avec l'attachement de l’orthodoxie chrétienne à la réalité historique.

D’une façon très similaire aux textes de Nag Hammadi un siècle plus tard, la Pistis Sophia déclencha une grande vague d’intérêt, en particulier dans les milieux ésotériques.

Sur l'école gnostique à laquelle l'auteur de la Pistis Sophia appartiendrait, les avis divergent. On en a fait successivement Valentin (selon C. G. Woide, 1778), un disciple de Marcos le Mage (selon C. Ch. Bunsen, 1852), un ophite (selon K. R. Köstlin, 1854), un archontique (A. von Harnack, 1891), un gnostique au sens étroit (selon C. Schmidt, 1905) (M. Tardieu et J.-D. Dubois, Introduction à la littérature gnostique, t. I, p. 81-82).

Bibliographie

Le texte

Pistis Sophia. Ouvrage gnostique de Valentin, trad. É. Amélineau (1895), Archè, Milan, 1975. [1] [archive]

Études

H. Leisegang, La Gnose (1924), trad., Payot, 1951, p. 237-262.

M. Tardieu et J.-D. Dubois, Introduction à la littérature gnostique, t. I, Cerf, 1986, p. 65-82.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pistis_Sophia

LE LIVRE DE LA FIDELE SAGESSE.


 On connaît sous ce titre, correspondant à celui de Pistis sophia, une production gnostique digne d'intérêt. Nous croyons devoir lui consacrer ici une certaine place que justifie son importance. Le Sauveur en est le principal personnage; le livre se compose d'une série d'entretiens qu'il a avec ses disciples. Il n'est point hors de propos de ranger cet écrit à la suite des évangiles apocryphes. Il s'en écarte d'ailleurs complètement par le style et le genre des récits ; il n'est plus question de miracles opérés par Jésus, il ne s'agit plus d'événements empruntés au Nouveau Testament et plus ou moins défigurés ; tout roule sur les ténébreux mystères d'une théologie incompréhensible et d'une cosmogonie chimérique.


Le manuscrit de la Pistis Sophia existe au Musée britannique ; c'est un in-4° de 318 pages, écrit en double colonne et en langue copte. Il provient des collections d'un médecin célèbre, le docteur Askew. D'après la forme des caractères, sa date peut être fixée au viie ou au viiie siècle de notre ère. Un orientaliste dont nous avons déjà parlé au sujet des écrits attribués à Salomon, Woide, donna à son égard une notice bien insuffisante (voir le Journal des Savants, 1773). Il pensait que cet ouvrage était le même que la Fidelis Sapientia, qui, au dire de Tertullien, avait Valentin pour auteur (2431).


Un orientaliste des plus instruits , M. Edouard Dulaurier, profitant d'une mission scientifique dont il avait été chargé pour l'Angleterre, fit une copie de ce manuscrit ; il en dit quelques mots dans un rapport adressé au ministre de l'instruction publique et inséré au Moniteur (27 septembre 1838), et il est revenu sur le même sujet dans une note placée par M. Matter dans son Histoire du Gnosticisme (t. III, p. 368).


M. Dulaurier observe que tous les dogmes de Valentin, exposés par les auteurs contemporains , se trouvent enseignés dans ce livre. Sa cosmogonie, sa théorie des émanations et de la probole, y reçoivent les plus riches et les plus curieux développements.


Ce livre imite, dans sa contexture, la forme dramatique. Le Christ, après sa résurrection „ passe douze années à converser avec ses disciples et à les instruire dans les mystères d'une science supérieure dont ses enseignements, pendant sa vie terrestre, n'auraient été qu'une imparfaite révélation. Les disciples et les saintes femmes paraissent tour a tour en scène, et proposent des questions à Jésus, qui les résout suivant les données gnostiques, de manière à leur donner un cours complet de cette doctrine. Ces questions embrassent la cosmogonie, la théorie des émanations, la nature et la hiérarchie des esprits et des génies, la discussion de l'origine du mal physique et moral. L'ouvrage se termine par le récit d'une cérémonie où figurent Jésus et ses disciples, et qui reproduit probablement l'une de celles du culte gnostique.


Plus tard, M. Dulaurier a reparlé de ce même ouvrage dans le Journal asiatique, 4e série, t. IX 1847, p. 534. Voici en quels termes il l'apprécie :


« Le système des émanations, la doctrine de la lumière, qui se rencontrent dans tourtes les cosmogonies, constituent le fond de ce livre. L'antagonisme entre la lumière et les ténèbres, si profondément marqué dans les croyances de la Perse ancienne , la dualité des principes opposés du bien et du mal que le manichéisme reflète, n'y apparaissent nullement.


« Dans des hauteurs dont l'œil ou la pensée ne peut sonder l'impénétrable abîme, réside le premier de tous les mystères, là fin de toutes les fins , le père de toute paternité , celui qui est lui-même son père, l'être que l'on n'adore que par le silence et l'extase, et duquel découle la grande lumière des lumières.


« La Fidèle sagesse, Sophia, ayant levé les yeux vers ces splendeurs infinies, brûla du désir de s'élancer jusqu'à elles ; mais les archons, jaloux et irrités de ce qu'elle avait  conçu cette pensée ambitieuse, la précipitèrent dans les ténèbres. Égarées, éperdue dans ces régions désolées, elle implora la lumière, la suppliant de l'aider de sa volonté toute puissante à remonter dans le lieu d'où elle avait été bannie. Dans ses élans de regrets et d'amour pour cette clarté ineffable dont la vue lui a été ravie, elle lui adresse treize cantiques qui, pour le sens et l'intention dans laquelle ils sont récités cadrent avec un pareil nombre de psaumes de David choisis parmi ceux qui s'accordent le mieux avec sa situation.


« Un monument qui provient de la même source, quoique appartenant à un ordre d'idées différent, est le rituel gnostique du musée de Leyde, écrit en caractères égyptiens démotiques et publiés par Leemans. Plusieurs noms se rencontrent également dans l'un et dans l'autre de ces écrits, »


M. Dulaurierr avait énoncé l'intention de .publier une traduction française du livre de la Fidèle sagesse, en y joignant une introduction détaillée, des notes et un glossaire.  Nous regrettons que ce travail n'ait pas encore vu de jour; il eût été, sous tous les rapports bien supérieur à celui que nous avons entrepris.


L'attention des savants s'était toutefois portée sur l'ouvrage dont nous parlons, et l'érudition allemande, fouillant toujours avec une infatigable persévérance les débris de la littérature antique., ne devait pas laisser échapper la Pistis sophia. Un orientaliste enlevé par une mort prématurée, Maurice G. Schwartze., alla copier à Londres ce précieux manuscrit:; il essaya de le traduire en latin; son travail a été publié en 1851, et forme un volume in-8° divisé en deux parties , l'une pour le teste copte, l'autre pour la traduction latine.  En voici le titre : Pistis Sophia. Opus gnosticum Valentino adjudicatum, e codice manuscripto coptico Londinensi., descripsit et latine vertit M. G. Schwartze ; edidit J.H. Petennann.Berolini, in Ferd. Duemmleri libraría, 1851., typis academicis.


Voici en quels termes le Journal des Savants (1852, .p. 333), appréciait cette publication :


«  M. Schwartze a laissé une copie et une traduction de la Pistis sophia. M. Petermann a publié ce travail posthume , qui laisse beaucoup à désirer. Des théories inintelligibles, un style bizarre, font de ce texte un des plus difficiles. La traduction de Schwartze n'était qu'une ébauche sur laque le il se proposait de revenir. Il s'y trouvait beaucoup de blancs et d'endroits sur lesquels il avait hésité. M. Betermann a imprimé le manuscrit tel qu'il l'a trouvé. Il en résulte un texte sans introduction, presque sans notes , et une traduction souvent barbare. Woide et M. Dulaurier admettaient que cet ouvrage appartient à Valentin ;¨M. Petermann y voit  l'oeuvre d'un Ophite , d'une époque beaucoup plus récente.


« Le cadre est un dialogue entre le Christ et ses disciples. Chacun des disciples provoque par ses questions le Christ à exposer les théories gnostiques. Le principal rôle, dans ces interrogations, appartient à Marie, transformée elle-même en éon. Le Christ raconte l'histoire de sa vie anté-mondaine et expose toute la théorie des éons, parmi lesquels Pistis sophia occupe la première place. Persécutée par les autres éons , elle s'abandonne à la tristesse et adresse à Dieu treize élégies imitées et en grande partie extraites des psaumes. La fin du livre est consacrée à l'explication des noms mystiques de la Divinité. »


M. Schwartze ne s'était pas borné à la Pistis sophia; il s'était livré avec zèle à la recherche des manuscrits conservés dans les bibliothèques publiques et particulières de l'Angleterre, et il avait transcrit des vies et actes des saints, deux épîtres de saint Athanase, des fragments considérables d'une traduction de la Bible, en dialecte sahidique, une traduction du canon Apostolique, un traité des mystères des lettres grecques (nous en avons déjà parlé); il avait copié le livre de la Gnose, en dialecte sahidique., rapporté par Bruce, et qui est déposé a la bibliothèque publique d'Oxford (2432).


M. Petermann convient que la révision du travail de M. Schwartze a présenté des difficultés sérieuses; la tâche de cet érudit n'était pas encore achevée; il avait laissé sans les rendre des passages qui l'avaient arrêté, et d'ailleurs la difficulté du sujet présente à l'interprète d'un pareil ouvrage d'indicibles tortures (2433).


Cet érudit croit que l'ouvrage appartient à la secte des Ophites plutôt qu'à celle des .Valentiniens ; с'est une question qu'il annonce vouloir discuter plus amplement (2434).


 Le système de traduction latine adopté par M. Schwartze est assez singulier; une fouled e notes grecques y sont mêlées et présentent ainsi une diction d'un genre extraordinaire. On en jugera d'ailleurs par les citations que nous donnerons. Le traducteur signale dans le texte qu'il étudie des amphibologies (p. 18 et passim), des mots supprimés dans le texte, qu'il faut rétablir; des leçons douteuses ou fautives à rectifier (p. 32, 49, 50, 60, 82, 84, 92, 93, 100, 119, 121, 122, 127, 161, 172, I74, 175, 182, 186, 208, 218, 240); des mots omis (p. 51, 163, 170) ; des lacunes parfois de quelques lignes, parfois de plusieurs pages (159, 160, 236). Tout cela ne contribue pas médiocrement à augmenter les embarras que présente l'interprétation d'un pareil livre.


M. Petermann, dans ses notes, toujours fort brèves, se borne à faire de la critique verbale; il discute les leçons du texte; il rectifie les erreurs où M. Schwartze lui parait être tombé; il n'aborde pas le domaine des idées et des choses, dont l'auteur de la Fidèle Sagesse fait le tableau. Exposons succinctement le sujet de ce livre.


Après sa résurrection, Jésus donne à ses disciples, qui n'avaient que des connaissances fort imparfaites, la révélation des mystères du ciel ; après avoir parlé de l'enfance de Jean-Baptiste, il raconte sa venue au milieu des éons, ses combats contre les esprits rebelles, les changements qu'il apporte dans le cours des astres. Il rencontre la Fidèle Sagesse, retenue dans le chaos, tourmentée par ses ennemis, voulant en vain s'élever vers les régions supérieures. La Sagesse s'adresse à la lumière, afin d'implorer son secours et de lui exposer ses peines; elle récite plusieurs cantiques (2435) ; à la suite de chacun d'eux, un des apôtres ou une des saintes femmes, récite un des psaumes de David ou un des prétendus hymnes de Salomon, dont le sens s'applique aux paroles qu'a prononcées la Sagesse. Le récit occupe une très grande partie de l'écrit dont nous parlons.


Les apôtres interrogent ensuite le Sauveur sur la conduite qu'ils doivent tenir à l'égard des hommes qui refuseront d'écouter leurs prédications : ils le questionnent sur les peines qui sont réservées aux pécheurs dans l'autre vie. Jésus expose à cet égard le tableau des divers genres de supplices qui doivent frapper les coupables selon le nombre des délits, tableau singulier, rempli de circonstances où se fait sentir l'influence orientale, et qu'on ne retrouverait pas ailleurs. Arrivent ensuite des détails sur le rôle que jouent les planètes ou les esprits qui les dirigent; cette astrologie est bizarre et presque inintelligible; essayer de l'éclaircir serait une tentative aussi pénible que superflue.


On remarque, entre autres particularités dignes d'être mentionnées, le principe du millénarisme, mais étendu à une période bien autrement longue que dix siècles ordinaires.


Le lecteur distinguera aussi des opinions étranges et des vues obscures, au sujet de saint Jean-Baptiste (2436) et de Melebisédech.


Parmi les nom des êtres étrangers à notre monde qu'énumère l'auteur de la Pistis Sophia, on remarque celui de Ialdabaotb, répandu chez les Valentiniens et surtout chez les Ophites; son nom, emprunté à la Palestine, signifie fils des ténèbres; il doit son existence à Sophia; il reçut de sa mère l'impulsion de créer ; il répéta, dans sa sphère et suivant sa nature, l'œuvre créatrice du Dieu suprême. Il donna l'existence à un ange qui fut son image. Celui-ci en produisit un second, le second un troisième, le troisième un quatrième, le quatrième un cinquième, le cinquième un sixième. Tous les sept ils se réfléchissaient les uns les autres. Ils différaient néanmoins et habitaient sept régions distinctes (Matter, t. II, p. 140). Les noms des six génies émanés d'Ialdabaoth, empruntés aux idiomes de la Syrie, étaient Iaô, Sabaoth, Adonaï, Eloï, Oraüs, Astaphaüs.


Dans le livre qui nous occupe, nous ne trouvons que les deux premiers de ces noms.


Selon les Ophites, Ialdabaoth, génie où la lumière céleste était profondément altérée, acheva le schisme entre les intelligences pures et celles qui se trouvaient en rapport avec la matière. Afin de se rendre indépendant et de passer pour l'Être suprême, il eut l'idée de créer un monde à lui ; le principe pneumatique, le rayon de lumière qu'il tenait de sa mère, passa de lui dans l'homme. (Voir Bellermann, Versuch ueber die Gemmen der Alten mit dem Abraxas Bilde. III, 38-40.)


Pour que la Pistis Sophia ne soit pas une énigme indéchiffrable, il faut avoir une idée des théories gnostiques. Nous allons en offrir ici un aperçu nécessairement fort succinct (2437).


L'émanation du sein de Dieu de tous les êtres spirituels, leur dégénération progressive et leur affaiblissement, leur rédemption: tel est l'élément constitutif du gnosticisme. Il admet une double série de manifestations et d'êtres qui se rattachent à une même cause première sans toutefois se ressembler ; les uns sont des déploiements immédiats de la plénitude de la vie divine, les autres sont <des émanations d'un genre secondaire.


L'Être suprême, le chef de l'une et l'autre série est un abîme (bythos), un être parfait que nulle intelligence ne saurait comprendre ; après avoir passé des siècles dans le repos, il se manifeste par une première diathèse ou déploiement de ses perfections. Les intelligences auxquelles il donne ainsi l'existence, portent aussi le nom de déploiement ou de puissances (dynameis) ; elles ont aussi le nom d'éons (aiones).


Le nom de puissances se trouve dans les écrits de PhiIon pour désigner des esprits distincts de Dieu; ils remplissent et pénètrent tout ; ce sont les idées de Platon hypostasiées.


Les éons participent de la nature de Dieu, le mot grec αἰῶν et αἰῶνες correspond au mot syrien Ithio, pluriel Ithie; c'est chez les cabalistes juifs que cette théorie des incarnations reçut son développement scientifique; les gnostiques s'en emparèrent , et l'étendant au gré de leur imagination, ils y trouvèrent le sujet de longs récits, aussi obscurs que singuliers.


L'un des principaux éons, la sagesse {Sophia) jouait un grand rôle dans le système de Bardesane et de Valentin. D'après le premier de ces chefs de secte, Sophie était la compagne de Christos, la fille de la compagne du père inconnu, mais elle était loin d'être aussi parfaite que sa mère et son frère. Elle était le fruit d'une émanation imparfaite, d'un faible rayon tombé de l'Être suprême sur la terre. Dans l'ordre intellectuel, c'était la compagne de Christos ; dans l'ordre physique, c'était l'âme du monde, ou la puissance divine qui avait passé de la pensée de Dieu, de l'Ennoia, dans l'ordre des choses matérielles. Elle avait plané sur la surface des eaux, elle avait créé le monde visible avec le secours des éléments, et elle avait pu entrer en rapport avec la matière parce qu'elle était d'une nature moins parfaite que Christos.


D'abord elle se plut à former ou à diriger la formation de la matière. Bientôt elle sentit son isolement ; elle commença par gémir sur sa situation ; elle adressa à Dieu ses prières, et cet amour pour le monde supérieur réveillé en elle, la conduisit sur la voie pour y rentrer. Mais il fallait s'en rendre digne, et cela surpassait ses forces. Son frère et son époux,. Christos, qu'elle avait quitté, vint à son secours ; elle vit en lui la parfaite image de la lumière divine, elle l'anima de tout son être, et il la guida dans la marche de son épuration. (Matter, Hist. du gnosticisme, t.1, p. 378.)


Selon Valentin, Sophia était tombée dans le chaos ; elle planait sur les éléments de !a création, l'eau et les matières, l'abîme et les ténèbres ; elle ne s'abîmait pas à cause du germe de lumière qui était en elle. Ne pouvant s'élever auprès de sa mère, si la pensée divine ne s'abaissait sur la matière, elle ne le transformait point, mais elle communiquait au chaos le mouvement ou cette âme du monde qui le met en vie et en action. De la masse qui l'enveloppait, elle forma en s'élevant, la voûte du ciel; toutefois, malgré ses efforts, elle ne put d'abord rompre ses rapports avec la matière ; le sentiment du fardeau dont l'accablait son corps, lui fit voir son égarement. Elle eut le désir de s'en relever ; des efforts bien concertés la ramenèrent à son rang originaire. Elle n'avait jamais appartenu au plérôme ; elle n'y entra pas, mais elle parvint à une région moyenne, où elle reçut une lumière plus pure, où elle se dégagea entièrement de son corps. (Matter ibid., t. II, p. 139).


Quelques écoles gnostiques admettaient une seconde Sophia, fille de la première ou de Sophia Achamoth. Cette Sophie inférieure était une création imparfaite qui, ne pouvant s'élever avec sa mère dans le plérôme, se précipita dans le chaos et se confondit avec lui. Sa chute, ses égarements, son rétablissement furent une répétition un peu plus marquée des destinées de sa mère. Dans son état d'abaissement, la tristesse et les angoisses alternaient en elle avec le rire et les joies. Tantôt elle pressentait son anéantissement tantôt l'image de la lumière qu'elle avait quittée ravissait toutes ses facultés. Jésus vint enfin à son secours, l'instruisit, la délivra de ses maux, l'unit avec Dieu, et l'éleva au plérôme auquel elle tenait par sa mère.( Matter, t. II, p. 76.)


Il importe d'exposer rapidement ici quelles étaient, parmi les gnostiques, les opinions répandues au sujet de Jésus, opinions variant d'ailleurs parmi les diverses écoles.


Selon les Valentiniens, Christos était à distinguer de Jésus, Christos avait été engendré par Nous, la première manifestation des puissances de Dieu, le premier des éons, le commencement de toutes choses, le révélateur de la divinité; Christos rétablit l'ordre et l'harmonie parmi les éons qu'avait momentanément égarés un esprit de désordre. Dans leur reconnaissance, ils résolurent de glorifier le Dieu suprême par une création qui réunit tout ce qu'il y avait de beau dans leur nature. Ce fut un éon, nommé Jésus, qui devait répandre dans toutes les créatures placées en dehors du plérôme les germes de vie divine qu'il renfermait en sa personne. Il fut pour le monde inférieur ce que Christos avait été pour le plérôme.


D'après les Ophites, le Sauveur céleste, descendant par les régions des sept anges, apparut dans chacune d'elles sous la forme de leurs chefs, cacha la sienne, assuma la lumière et entra dans l'homme Jésus au baptême du Jourdain.


Ialdabaoth, s'apercevant que son fils Jésus détruisait son empire et qu'il abolissait son culte, le livra à la haine des Juifs, et le fit crucifier par eux. Mais Christos et sa sœur le ranimèrent, et, laissant à la terre la dépouille matérielle de Jésus, ils lui donnèrent un corps aérien doué d'une lumière éblouissante. Jésus resta sur la terre dix-huit mois après sa résurrection; il reçut par les soins de Sophia, cette science parfaite ou celte véritable Gnose, qu'il communiqua à ses apôtres. Élevé ensuite dans la région intermédiaire, Jésus siège à la droite du Créateur, pour recevoir les âmes de lumière qui se purifient par Christos.


De plus amples développements seraient superflus ; nous ajouterons seulement que, pour saisir le sens de quelques expressions employées par l'auteur de la Pistis Sophia et pour saisir certaines de ses idées, il faut se souvenir que les émanations procèdent par des syzygies composées chacune de deux intelligences d'un sexe différent, et que des décans ou doyens (δεκανοί), jouaient un rôle important dans le système de Bardesane, lequel joignait aux éons princes de la terre, aux sept esprits planétaires et aux génies des douze constellations du zodiaque, trente-six intelligences astrales, appelées décans. Constatons aussi que les gnostiques admettaient l'existence die plusieurs cieux, dont le nombre variait suivant les diverses écoles. A chacun de ces cieux présidaient autant de génies et d'archons. Chaque archon avait des classes de génies qui lui étaient subordonnées; chacun avait engendré des satellites.


Ces sectaires affirmaient aussi que l'ordre actuel des choses cessera d'exister dès que le but de la rédemption sera pleinement accompli sur la terre ; alors le feu répandu dans le monde en jaillira de toutes parts; il consumera jusqu'aux scories de la matière, dernier siège du mal, et les esprits arrivés à leur parfaite maturité, passeront dans le plérôme, pour y jouir d'un bonheur parfait.

Remarquons en finissant que M. Matter ne pouvait, dans son Histoire du gnosticisme, parler en parfaite connaissance de cause du livre de la Fidèle sagesse, qui n'avait point encore été publié; d'après ce qu'il en connaissait, il ne pense pas toutefois que cette production émane de Valentin ou de son école; les noms de Barbelo et d'Ialdabaoth n'appartiennent pas aux Valentiniens; l'idée des douze sauveurs est également antivalentinienne (t. II, p. 41).


M. Matter pense avec raison, ce nous semble, que le livre de la Fidèle sagesse est l'œuvre d un Gnostique des derniers temps, d'une époque où les débris des diverses sectes, près de s'éteindre, mêlaient leurs intérêts et leurs doctrines. Dans les siècles d'indépendance, aucune école n'avait réuni toutes les théories que l'on rencontre dans ce recueil ; on y trouve les opinions et la terminologie de presque toutes les sectes de la Gnose. Une circonstance curieuse, c'est qu'on y voit l'opinion que les âmes des apôtres étaient venues de douze sauveurs, tandis que celles des autres hommes tirent leur origine des archons, ce qui ne se rencontre dans aucune des grandes théories du gnosticisme (t. II, p. 350)


Le même savant ajoute : « Le texte copte n'est que la traduction d'un original écrit en grec, et n'est guère antérieur au ive siècle de notre ère. Münter croit l'original du iie siècle, et il appuie son jugement sur cette considération que l'ouvrage tout entier décèle une connaissance si intime des pures doctrines de la Bible, qu'il ne peut être que d'un homme élevé d'abord dans l'orthodoxie et ayant ensuite embrassé le gnosticisme. Mais saint lrénée rapporte que les Valentiniens ont eu un soin extrême à se conformer au langage des saintes Écritures, de sorte que cette considération n'a qu'une valeur douteuse. Il est difficile de rien préciser, soit sur l'époque de l'originale soit sur celle de la traduction, et l'on doit se borner à placer ces travaux entre la fin du iie siècle et celle du ve."


Nous sommes persuadés que, malgré tous nos efforts, nous avons souvent échoué dans nos tentatives pour rendre le sens des idées de l'auteur de la Pistis Sophia, idées que couvrent d'épaisses ténèbres, qui exposent des rêveries chimériques et qu'il serait bien superflu de vouloir ramener à un système définitif et arrêté. Nous avons pris le parti de transcrire parfois des passages que nous désespérions de faire passer en français. Le but qui nous a guidés dans cette tentative pénible et ingrate, a été de montrer ce qu'étaient les incompréhensibles et stériles aberrations où s'égaraient aux premiers siècles de l'ère chrétienne les penseurs qui s'écartaient des routes de la venté. On peut comparer la Fidèle sagesse, ce livre sacré des gnostiques, avec les Évangiles canoniques, et l'on reconnaîtra toute la différence qui sépare de pareilles théories des doctrines sublimes et  simples contenues dans les livres inspirés.


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